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Chronique Série: Äkta Manniskor

Chronique Série: Äkta Manniskor

Adrien Dubois Ahlqvist

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Où le naturel revient

Je m’étais un peu promis de me calmer avec la SF, la fantasy et autres passions de geek chevronné mais ça c’était sans compter la reprise d’une de mes séries préférée : Äkta Manniskor, le fer de lance des séries sur le sujet du transhumanisme. J’avais juré que tartiner R3T avec Doctor Who, Battlestar et deux trois autres trucs c’était suffisant et que j’allais essayer de vous proposer autre chose mais cette série est tellement exceptionnelle à plus d’un titre que je m’en serai encore plus voulu de pas en parler ! Äkta Manniskor est une série suédoise (heja sveirge !!) produite par Sveriges Televsion depuis 2012 qui raconte comment une société moderne (et plus précisément la suédoise) réagit face à l’introduction de robots semi autonomes humanoïdes. Ça vous rappelle pas un peu les Cylons de Battlestar Galactica ? Eh bien très franchement ça en est assez proche mais avec une approche plus humaine et individuelle. Les robots, appelés hubots pour l’occasion sont amenés à accomplir toutes sortes de taches qu’il s’agisse d’assistance aux personnes âgées, d’employés de bureau ou plus généralement d’aides à la maison.

 

Une histoire personnelle

A nouveau j’insiste sur la dimension humaine et individuelle que la série aborde et son postulat est très simple : comment est-ce qu’une famille typiquement suédoise réagirait à l’introduction d’une personne qui n’en est pas vraiment une, à un robot esclave qui ne l’est pas complètement ? La question soulève vraiment beaucoup de points importants qui vont de qu’es qui nous rend humain, naissons nous humains ou le devenons nous, à quel point un objet manufacturé par des mains humaines atteint un point ou on ne peut plus le traiter comme un esclave ou ce point existe il ? Cette famille dont je vous parlais à l’instant est intéressante car dès le départ le mari trouve ça super cool et en voudrait un à la maison mais la femme considère qu’elle ne souhaite pas que ses enfants soient élevés par un robot refuse pour son foyer mais accepte pour s’occuper du grand père. Ce qui devait arriver arrive et le mari va bien sûr en acheter un pour sa maison à lui dans le dos de sa femme qui finit par se laisser convaincre à la condition que le Ubot, Annita, ne soit pas traité comme un objet mais comme un membre de la famille. Ce qui est considéré comme une lubie par le reste de la famille va peu à peu prendre de l’importance à mesure qu’Annita est présente dans la cuisine, fait la lecture aux enfants et est globalement en permanence aux 4 coins de la maison à tel point que le père notamment va parfois s’en trouver vexé. Parallèlement le grand père, un peu vieux un peu seul, est profondément attaché à son hubot qui le suit partout et avec qui il passe ses journées à tel point qu’il le considère vraiment comme un ami de chair et d’os jusqu’au jour où il va devoir être changé car obsolète et défectueux. C’est face à la réticence du grand père à changer que l’on commence à comprendre à quel point ce robot est devenu central dans la vie de pépé et qu’il le considère au moins autant qu’une vraie personne.

Dans le même temps on suit un groupe d’hubots rebelles sans trop savoir pourquoi puisqu’on nous explique qu’ils n’ont aucun libre arbitre et ne sont capable de suivre que des commandes relativement simples mais en aucun cas de se poser des questions existentielles et encore moins de se choisir une voie. Bien sûr on comprend rapidement que certains ont été modifiés pour être capable d’avoir ce libre arbitre et que sinon dans leur constitution ils sont parfaitement identiques à nous et que bien sur Annita fait partie de ce groupe sans en avoir plus conscience et là se situe le double plot de la série : d’un côté on tente de comprendre ce qu’ils sont en mesure de devenir pour la société, alimentant ses rouages à moindre coût, détruisant des emplois et créant une assistance pour les plus âgés ou les familles et de l’autre on va suivre un groupe d’Ubots ayant tous des personnalités bien différentes qui tentent d’obtenir une forme de liberté pour eux et certains de leurs semblables.

 

Une idée poussée au bout

Ce que j’aime vraiment dans cette série c’est sa faculté à pousser son concept dans ses derniers retranchements en proposant une foultitude de choses différentes : on va avoir deux amies qui sortent, couchent et ont développés des relations personnelles avec leur hubots respectifs et qui se considèrent discriminées quand on refuse à leur compagnie de venir avec elles en boite et qui vont la poursuivre en justice pour ce traitement qu’elles considèrent comment profondément injuste. Dans cette situation il est impressionnant de voir à quel point la relation est profondément ancrée en ces deux femmes et l’importance que ces objets ont pris pour elles. On va avoir une pasteur qui va recueillir les robots indépendants et décider de les traiter comme des personnes, créant l’ire de ses croyants. On a le grand père qui va vraiment tout faire pour récupérer son ancien hubot et échapper au contrôle tyrannique de sa nouvelle hubot qui va lui pourrir la vie contre son gré. On va aussi découvrir que les robots sont exploités tant par les plus riches que dans les bas-fonds où ils font de parfaits esclaves sexuels et génèrent un marché de la pornographie qui explose sous leur influence, on va découvrir le marché de la seconde main, en principe interdit composé d’un peu de vol, d’un peu de contrebande et d’un peu de bricolage maison. Logiquement leur arrivée génère des peurs et des frictions engendrant ainsi des partis politiques et du terrorisme vraiment violent visant à les retirer de la vente. Enfin on va suivre l’évolution de l’adolescence du fils de la famille qui va découvrir la sexualité ou tout du moins le désir envers Anita plutôt qu’envers une personne dans le vieux sens du terme. C’est la richesse des situations qui fait de la série un monument de SF et un incontournable dans le mouvement de pensée qu’est le transhumanisme.

 

Uncanny Valley

Un autre point incroyable est le malaise permanant que les acteurs et leur maquillage installent tout au long de la série ! Pour ceux qui ne connaissent pas je vais faire un rapide récapitulatif d’un concept bien connu par tous les amateurs de SF : le concept de la vallée dérangeante. Pour faire simple c’est un concept japonais qui met en relation le niveau de ressemblance avec des humains (anthropomorphisme) avec la familiarité qui va s’installer avec l’automate. Ce qui est révélé c’est que oui plus l’automate est proche d’un humain plus on va avoir de facilité à se lier avec sauf que à un moment l’automate est vraiment proche d’un humain mais qu’un certain nombre de détails qui ne collent pas avec un humain normal, dont pourtant l’automate est particulièrement proche vont générer une sérieuse gène qui va détruire cette relation de confiance, ce moment est appelé Uncanney Valley et c’est une des raisons pour lesquelles les cadavres génèrent tant d’angoisse. Si vous regardez les photos que je vous inclus dans l’article vous vous rendrez compte du génie de l’équipe du maquillage et des acteurs qui parviennent à recréer cette angoisse sans pour autant jamais employer d’effets spéciaux ou de numérique ! Il est parfois même difficile de savoir qui est quoi surtout dans l’équipes des hubots dissidents puisque dotés d’une personnalité unique qui se traduit par des mimiques et des spécificités qui en font réellement des individus à part entière.

 

Alors je fais quoi ce week-end ?

Franchement cette série est incroyablement réussie, pleine de passion et d’ambition, intelligente et critique sur un monde que l’on prend pour étant acquis et ce serait un crime de la manquer ! Ceci étant je suis un peu obligé de reconnaitre deux trois faiblesses qui ne sont malheureusement pas dues à la série elle-même mais qu’il faut bien accepter : déjà la série est difficile à récupérer puisque suédoise et que du coup elle est en suédois… bien sur vous trouverez des sous titres en ligne mais la VO est le suédois et il ne me semble pas qu’un doublage en aucune autre langue ait été effectué, par conséquent vous allez entendre pas mal de suédois. L’un dans l’autre l’esprit suédois transpire dans tous les épisodes et dans l’intégralité de la série et que par conséquent c’est d’autant plus agréable de l’écouter en VO. Maintenant que ceci est dit si vous aimez la SF ou que les sujets philosophiques vous intéressent un tant soit peu je considère que ce serait un crime de ne pas la regarder !

 

 

 


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